SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Jérémy Grandière, conducteur d’installation à l’usine de Montauban, voue une passion à ses trois chiens de chasse et à cet art de vivre. Après l’avoir rencontré, nul doute que nous n’avons plus la même vision sur la chasse et les chasseurs.
Jérémy est tombé dedans depuis son plus jeune âge. «J’ai commencé auprès de mon grand-père, mes oncles et tantes, plus passionnés les uns que les autres. La chasse est un art qui se transmet. Pour moi, c’est plus qu’un passe-temps ou une passion, car je vis avec 365 jours sur 365. La chasse et ce qui l’entoure font partie de mon quotidien.»
En effet, Jérémy est l’heureux maître de trois chiens qu’il faut nourrir tous les jours, dresser et faire courir tout au long de l’année sur les terrains qu’il faut entretenir. «Ce n’est pas comme faire du vélo ou du foot. Il n’y a pas de trêve. Je leur consacre au minimum une heure par jour, toute l’année. Ça prend beaucoup de temps, mais c’est compatible avec le travail en 3x8. J’ai le matin ou l’après-midi de libre et parfois une à deux journées dans la semaine. Je peux donc y passer du temps sans nuire à ma vie de famille. Hors période de chasse, j’entraîne mes chiens en achetant quelques oiseaux que je lâche derrière chez moi. Je travaille au sifflet pour leur apprendre à marquer l’arrêt et à préparer l’envol.»
Jérémy chasse en Ille-et-Vilaine sur la commune de Monterfil en payant des droits à la société de chasse et à Chasné-sur-Illet dans un domaine chasse privée (lire encadré 2).
Jérémy chasse le petit gibier à plume au chien d’arrêt, avec ses setters anglais (Blue Belton et Lemon) : Ulysse du Champ des Grises (8 ans), Dragon de La Jeannaie du Bois (3 ans) et Fara du Flash (1 an). «La chasse c’est, avant tout, la passion des chiens.»
À la chasse à l’arrêt, les chiens se trouvent loin devant le chasseur et bloquent sur l’instant quand ils ont repéré un oiseau. C’est comme un arrêt sur image. À la différence des épagneuls, ce sont des chiens dits de grande quête, plus grands, plus rapides et qui ont une plus grosse emprise sur le terrain. «On ne chasse pas n’importe quel oiseau avec n’importe quel chien ! Moi, j’ai une prédilection pour les faisans, les perdrix, la bécasse et le canard*.»
Jérémy chasse tous les dimanches matin sauf lors de l’arrivée des bécasses qu’il poursuit deux jours par semaine. Cet oiseau migrateur arrive vers le 15 novembre. «C’est un oiseau difficile à mettre en difficulté. Si le chien le fait s’envoler alors que je suis à 200 mètres, je le vois, mais je ne peux pas le tirer. Le chien doit le tétaniser et provoquer l’envol que lorsque je le lui demande. C’est l’objectif des entraînements. Nous ne devons pas tirer plus de trois bécasses par semaine.»
L’agriculture et la chasse sont très intimement liées. Chasser permet d’entretenir les terrains en les préservant de certaines espèces comme les sangliers, les cerfs, les chevreuils, les renards… «Par exemple, les sangliers se reproduisent à 300 % par an. Il est donc indispensable de les chasser (au chien courant, c’est-à-dire en meute). Par ailleurs, ce sont nos adhésions qui permettent d’indemniser les agriculteurs lors de dégâts sur les cultures», explique Jérémy.
Pour éviter une partie des dégâts, les chasseurs nourrissent les perdrix lâchées avant la chasse. Quand elle est terminée, certains oiseaux auront échappé aux tirs. Ils resteront dans la nature et chercheront des graines pendant l’hiver. Les chasseurs leur apportent des graines à l’aide d’agrainoirs.
«Nous avons le devoir d’entretenir le territoire, souligne Jérémy. Je considère que le chasseur est le meilleur écologiste et le meilleur protecteur de la nature. Pas plus d’un faisan et deux perdrix par journée (illimité pour les pigeons). Les animaux sont comptés tout au long de l’année et l’association connaît exactement le nombre que nous pouvons tirer. Nous ne tirons pas les oiseaux n’importe comment, sinon nous n’aurions plus rien. Il s’agit de se faire plaisir toute l’année sans mettre une grosse pression. Moi, un oiseau me suffit. Ce qui m’intéresse, c’est de faire travailler mes chiens et non de plumer un faisan. Je me réjouis à l’idée de les voir décoller et de les croiser à nouveau.» Jérémy offre généralement le fruit de sa chasse à sa grand-mère et toute la famille en profite.
La nature est au cœur des engagements du chasseur. «Personne ne la connaît aussi bien que nous. Nous participons à la préservation de l’environnement et à la gestion de la faune sauvage. D’avril à juin, nous avons pour mission de suivre les faisans et les perdrix pour contrôler les naissances. Je passe aussi beaucoup de temps à prendre des photos. C’est fabuleux de croiser un cerf qui brame, de ramasser sa mue. La chasse, ça ne se vit pas qu’à moitié. Moi, c’est ma raison de vivre. Savoir qu’à un moment de ma journée, je vais me retrouver dans cet environnement me donne l’envie de faire tout le reste.»
Et sa femme, que pense-t-elle de ce passe-temps ? «Elle est très tolérante et accepte mes absences. D’ailleurs, il m’arrive parfois de ne pas sortir pendant 15 jours et je deviens nerveux. C’est elle qui me demande de retourner sur le terrain.»
Jérémy espère que la relève sera assurée par son fils Paul (15 mois) qui s’entraîne déjà avec un fusil et des canards en plastique. «J’aime à penser qu’un jour nous marcherons ensemble !».
* La chasse au canard est ouverte depuis le 21 août.
La première journée de chasse de Jérémy«Un moment important que je partage avec mes chiens»«La veille de l’ouverture, je ne dors presque pas. C’est comme une rentrée de classe pour un gamin. L’excitation est au summum» raconte Jérémy. Le jour J, il part seul sur le territoire privé avec ses trois chiens (et l’obligation de ne chasser qu’avec deux). «Ma journée commence entre 6 h 30 et 7 h 00, le long de la rivière pour la chasse au canard au chien d’arrêt. À 9 h 00, je fais un tour sur champs, pour observer les faisans et les perdrix jusqu’à 12 heures. Ensuite, je retrouve mes oncles et tantes pour le déjeuner. Vous imaginez l’ambiance ! Comme dit ma femme, on entend que des Pans ! Pans !» L’après-midi jusqu’à 17 heures, Jérémy repart seul avec ses chiens et le même programme que le matin. De 17 à 19 heures, il s’essaie aux pigeons et ensuite, jusqu’à 20 h 30, il attend les canards le long de la rivière, à la passée. «J’attends près d’un coin où je pense qu’ils vont venir se poser. Je les attire avec des formes de canard en plastique, les appelle au son de ma voix et quand ils arrivent, je peux en prélever. À la fin de cette première journée, j’en ai réellement plein les bottes. Même si nous piétinons beaucoup, c’est assez sportif car il faut sauter, passer sous les branches… Je marche jusqu’à 20 km dans la journée. Et si la veille, je n’ai pas beaucoup dormi, là je m’effondre !» |
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Les droits Sur la société de chasse, les droits sont dus pour chasser sur la commune d’habitation. Les jours sont fixés. Avec 80 000 associations, les chasseurs représentent entre 3 et 5 % des recettes communales. La chasse gardée consiste à louer des terres à un propriétaire privé. Les chasseurs peuvent chasser tous les jours. Le coût d’une location s’élève entre 1 000 et 5 000 euros par an. Le permis de chasse coûte 139 euros, assurance comprise, chaque année. Les sommes ainsi récoltées financent à 80 % l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), établissement public, dont la mission est de surveiller et maîtriser les risques pesant sur la santé des animaux sauvages ou domestiques. Il est chargé, entre autres, d’effectuer des analyses sur les oiseaux migrateurs pour déceler une éventuelle progression de la grippe aviaire ou sur le renard pour contrôler l’évolution de l’échinococcose alvéolaire, maladie transmissible à l’homme et mortelle… |
Source photos : Patrice Houal