SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Cent six producteurs ont rejoint Syproporcs depuis 2008. Environ 65 % de sa production est commercialisée au Marché du Porc Breton. Syproporcs est le groupement qui amène le plus de nouveaux producteurs à Plérin. Si beaucoup disent qu’il faut augmenter l’offre au MPB pour fluidifier le commerce, bien peu passent à l’action ! Comme le dit le langage populaire : «grands disous, petits faisous». À cet égard, Syproporcs, par son engagement au MPB, et donc à défendre le prix, est tout à fait exemplaire. Cependant, agir uniquement au MPB sans explorer d’autres formes de commerces est une erreur. Vendre, c’est combattre et accepter le rapport de force. C’est pourquoi Syproporcs n’a jamais renoncé à l’export en vif, notamment lors des périodes, malheureusement de plus en plus fréquentes, de décrochage du prix français. Si depuis deux semaines (au 15 février 2010), le cours a (enfin !) décollé, c’est en partie grâce au dégagement de porcs vers l’Espagne du fait de l’action de deux groupements, dont Syproporcs. Pourquoi la France doit-elle être, parmi les grands pays producteurs en Europe, un des seuls à accepter un cours du porc en dessous d’un prix de marché européen, lui-même à l’état dépressif ? Il faut marteler un principe élémentaire : offrir en direct chaque semaine, au même client abattoir, la totalité de sa production ne permet pas à l’éleveur de contribuer à améliorer sa propre rémunération.
Le marché de la coche de réforme dysfonctionne depuis trop longtemps. Le cours des truies est artificiellement sous-évalué pour permettre la distribution de marges arrières. De fait, les groupements, dont pourtant la mission première est de regrouper l’offre pour vendre au mieux, se font tailler des croupières sur le marché de la coche par des acteurs privés qui prospèrent en allant chercher de meilleurs prix à l’export. Rien de plus normal. Un beau pied de nez aux groupements !
Le service commercial de Syproporcs a développé du commerce à l’export. Le Conseil d’Administration a décidé, en payant mieux les coches, de corriger ces dérèglements. Du coup, Syproporcs est le groupement qui rémunère le mieux les truies de réforme, et cela se sait puisque nos volumes explosent. Nous irons plus loin si cela est nécessaire pour remettre de l’ordre sur ce marché. Le marché de la coche est symptomatique de ce qui gangrène le marché du porc charcutier. Les porcs vendus en direct, en participant à l’équilibre financier des groupements, affectent la crédibilité des appels à vendre au Cadran, et stérilisent la bonne tenue du marché.
Après deux années d’une crise qui n’en finit pas, et alors que 2010 débute avec un niveau de cours loin d’assurer une juste rémunération, nous sommes en droit de nous interroger sur notre avenir. Notre métier est attaqué de toutes parts : des prix (très) insuffisants, une pression environnementale croissante, une économie de plus en plus ouverte nous exposant aux distorsions de concurrence, et jusqu’à une remise en cause de notre «utilité sociale» avec l’invitation à consommer moins de viande pour prétendre sauver la planète. Nous avons pris la pleine mesure de tous ces enjeux, mais nous sommes, malgré tout, convaincus que nous possédons dans nos élevages les ressorts pour relever collectivement ces défis. Il faut battre en brèche les idées reçues héritées du passé, source de tous les conservatismes et les immobilismes. Et si, avec la façon dont il met sa production sur le marché, le pouvoir appartenait en réalité à l’éleveur ? Il nous faut, collectivement, reprendre la main sur la commercialisation. À avoir trop délégué le commerce de nos porcs, la plupart du temps à nos propres clients, la filière s’est tirée une balle dans le pied. Gageons que la prise de conscience chez les éleveurs et une amélioration durable des cours permettent à 2010 d’être l’année du redressement.
Difficile de se risquer à une quelconque prévision, mais nous espérons tous que 2010 sera l’année de la reconquête et de la sérénité. Nous n’entendons pas rester immobiles, et l’optimisation de la vente des porcs charcutiers demeure notre priorité. L’adhésion et le flux continu des éleveurs qui nous rejoignent nous commandent l’action. Qu’ils soient assurés de notre engagement à leurs côtés.
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