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SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE

"La sécurité alimentaire commence
avec celle de nos élevages"
Groupe Le Gouessant : Spécialiste de la nutrition animale

Maryse Le Quéré, éleveur de poules pondeuses et productrice de légumes bio


Oser la conversion

 

« Je vis depuis dix ans de la bio et je ne regrette pas d’avoir
choisi ce mode de production. »


Le Gouessant : Qu’est-ce qui motive un éleveur à se lancer dans la bio ?
Maryse Le Quéré : Mon mari et moi étions attirés par la bio. Nous y avons complètement adhéré lorsque l’UCPT, le groupement qui vendait nos légumes, s’est donné une compétence bio et s’est engagé à nous encadrer techniquement. Ça a été le déclencheur. Avoir une filière organisée nous a enlevé la crainte de nous lancer dans la bio. La compétence et la proximité nous rassuraient. Je ne voulais pas m’organiser moi-même pour aller vendre mes légumes à droite et à gauche. Nous sommes des producteurs dans l’âme, par des vendeurs. 

N’est-ce pas difficile de passer du conventionnel au bio ?
Nous faisions attention depuis pas mal de temps à diminuer les intrants et nous avions revu nos rotations. Techniquement, nous étions prêts. Nous désherbions de moins en moins ou le moins possible. Nous avons agi par rapport à l’environnement, mais aussi pour nous lancer le défi technique de produire correctement sans produit chimique. Et nous sommes restés très concentrés sur les performances techniques. 

Trouvez-vous que la filière est bien organisée en Bretagne ?
Je suis adhérente Cérafel. Mais il y a d’autres organisations. Pour les légumes, 70 % des producteurs en Bretagne font partie d’un groupement. L’implantation des outils permet à tout producteur qui le souhaite de se lancer dans la conversion si la volonté existe. Les structures sont psychologiquement proches, voire très proches en légumes. 

Est-ce que vous vivez correctement en produisant bio ?
Je vis depuis dix ans de la bio et je ne regrette pas d’avoir pris ce virage. C’est un mode de production qui me correspond. En 10 ans, je n’ai jamais envisagé de déconvertir mes terres. 

Et pensez-vous qu’au cours de ces dix dernières années, le regard sur la bio a changé?
Sûrement, mais il y a encore du travail pour démarginaliser la bio. Il faut mettre en avant les résultats technico-économiques qui peuvent parfois surprendre. Se convaincre que c’est la rentabilité qui importe et non pas le volume produit. Il y a dix ans, on nous disait « ça durera trois ans, le temps de la conversion », puisque nous recevions des aides. Nous l’entendons encore alors que nous prouvons, au fil des ans, que les performances ne se dégradent pas. Nous échangeons régulièrement avec des agriculteurs conventionnels sur nos pratiques. Nous travaillons pour des performances et tout se base sur la précaution et l’identification des problèmes à venir. 

Comment faites-vous pour prévenir ?
Nos rotations ne sont pas trop serrées, nous apprenons à bien connaître notre terre pour savoir quoi y cultiver. Il y a des parcelles où nous ne pouvons pas mettre de maïs ou des choux-fleurs et d’autres où les céréales à paille vont bien prendre.Nous sommes sans doute plus observateurs, car nous n’avons pas le filet du chimique. Notre impératif : respecter la nature et son potentiel. J’ai le sentiment en travaillant de cette manière d’anoblir notre production. Il faut que la fertilisation soit juste. Il ne faut pas d’excédent azoté. Nous utilisons nos fientes de volaille, mais au compte-goutte. Il faut anticiper, s’adapter et ne pas faire de bêtise, car il n’y a pas de remède. Globalement, la baisse de rendement n’est pas un argument contre la bio. Par contre, il est vrai que lorsque des gens sèment du maïs dans un pré, il ne faut pas qu’ils s’attendent à un très bon résultat. Le binage en céréale est une technique qu’il va falloir améliorer. 

Comment avez-vous vécu une année comme 2007 ?
Pour les crucifères (choux, brocolis) la saison avait été satisfaisante et pour les céréales, catastrophique. La pomme de terre et l’artichaut ont souffert du mildiou. C’est vrai que nous travaillons principalement avec des variétés type conventionnel. La recherche variétale est d’abord faite pour le conventionnel, puis adaptée à la bio. C’est cet aspect qui nous pénalise le plus aujourd’hui. 

Et en pondeuses, est-ce la même chose ?
Les résultats pondeuses bio du Gouessant démontrent que la production bio n’est pas à la traîne. Merci à l’aliment et au travail génétique des souches. Techniquement, nous avons, en 7/8 ans, énormément progressé. Et là, c’est pareil. Quand on monte un poulailler, il ne faut pas faire le parcours dans un pré, car l’hiver les poules pataugent dans la boue. C’est à nous de nous adapter à la nature et non d’espérer le contraire. 

Vous servez-vous de ce qui se pratique dans le conventionnel ?
Quand nous avons décidé de passer en bio, nous ne nous sommes pas mis en marge de nos collègues et nous n’avons jamais souhaité le faire. Etre dans des structures où il y a du conventionnel et de la bio n’est pas un obstacle. Nous avançons ensemble et nous profitons aussi de la logistique des structures conventionnelles, comme le fait de livrer à 10 minutes de nos champs ou d’avoir des frigos déjà existants… Nous n’avons rien à inventer. Seulement à faire un peu différemment avec des pratiques spécifiques bio. Je n’ai pas l’impression d’être fondamentalement différente de mes voisins et je n’ai jamais été en rupture avec eux. 

Comment allez-vous gérer l’obligation pour la restauration collective de fournir 20% des repas en bio ?
Il y a 10 ans, j’expédiais tous mes artichauts à l’étranger, car ce marché n’existait pas en France. Et puis, ça s’est débloqué et développé et ça devient de moins en moins un problème. Le fait qu’il y ait une demande supplémentaire sur la bio peut être l’élément déclencheur pour des producteurs à engager leur conversion. Je pense que nous sommes capables de réagir relativement vite, s’il y a un réel besoin. Il ne faut pas demander au paysan d’anticiper la demande. Avec le CTE, il y a eu des conversions anarchiques, alors qu’en face il n’y avait pas de demande. Résultat, il y a eu des déconversions. Il est préférable, momentanément, de ne pas réussir à fournir. 

Dans la mesure où cette demande dépend d’une loi, est-ce que les consommateurs hors restauration collective, ne vont pas être défavorisés ?
J’ai encore beaucoup de mes légumes qui partent à l’étranger, et il en est de même pour beaucoup d’autres groupements. Donc, si cette loi permet que nos produits restent en France, c’est aussi bien. 

Et les budgets vont-ils intégrer la bio ?
Les cuisiniers doivent aussi raisonner différemment et intelligemment. Par rapport à leur problème de coût, ils vont devoir introduire des produits de proximité. Sur la région de Tréguier où je suis, il y a beaucoup de légumes. Donc, les cuisiniers de ce secteur ont intérêt à acheter des salades, des carottes, des choux…, qui ne leur coûteront pas plus chers. Et c’est comme pour les autres produits, ils fonctionnent par appel d’offres. C’est notre intérêt de les satisfaire.

 

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Mis à jour le 27/05/2009