La prolifération des algues vertes qui mobilise les médias depuis plusieurs mois ferait presque oublier que nos côtes bretonnes abritent un des plus beaux champs d’algues d’Europe avec l’Irlande et la Norvège. Plus de 600 espèces y ont été recensées, dont une douzaine autorisées à la consommation par les autorités sanitaires de France. Les autres étant abondamment utilisées en cosmétologie. Les algues marines sont également utilisées pour l’agriculture des zones côtières depuis des siècles.
Le pôle végétal de l’UFAB, animé par Olivier Klarzynski, chef produit, responsable de la gamme végétale au sein de l’UFAB depuis janvier 2008, et Jérôme Bodin (technicien cultures Agriculture Biologique), utilise ces végétaux, ainsi que leurs descendants terrestres (ortie, prêles…), pour élaborer des produits fertilisants destinés aux cultures biologiques. Notons également que, du fait des restrictions d’utilisation des produits conventionnels, ces produits naturels intéressent également de plus en plus les agriculteurs non bio.
Olivier Klarzynski maîtrise parfaitement le sujet. Après un passage par le CNRS pour y préparer sa thèse sur la protection des plantes et décrocher son doctorat, Olivier Klarzynski rejoint en 2001 à Saint-Malo le laboratoire GÖEMAR, spécialiste des biotechnologies marines, en qualité de responsable Recherche et Développement (R&D) pour l’activité végétale. « Au cours des sept années que j’ai passées chez GÖEMAR, j’ai pu constater l’importance de la R&D pour l’évolution d’une entreprise. Ce constat est particulièrement adapté au contexte de l’agriculture biologique, par nature très innovante. En effet, l’interdiction de techniques conventionnelles peut souvent nécessiter l’imagination de nouvelles méthodes de culture. Outre les objectifs de qualité visés, c’est ce qui rend ce domaine particulièrement intéressant à mes yeux. »
Dans son bureau de Coëtmieux, Olivier Klarzynski s’occupe de l’ensemble des intrants de la gamme végétale de l’UFAB : engrais et amendements organiques et/ou minéraux, engrais foliaires, produits phytosanitaires. Il est chargé de l’approvisionnement, de la fabrication, ainsi que de l’élaboration de nouveaux produits, avec suivis d’essais, sans oublier la veille technique et réglementaire qui n’est pas la moins prenante tant la réglementation évolue rapidement. « C’est un métier à multiples facettes, qui me conduit souvent à travailler avec plusieurs services de la coopérative, ce qui est particulièrement enrichissant. Notre gamme s’est enrichie cette année de six nouveaux produits dont deux sont conçus de manière totalement nouvelle. »
«Environ 40 % des médicaments sont directement tirés des plantes.»
Parmi ces six produits, Ufamer Start et Ufamer Fruit sont fabriqués à partir d’algues marines. « Ces produits sont des extraits d’algues complémentés en oligo-éléments. Leurs effets reposent sur une synergie entre les composés organiques de l’algue(élicteurs)qui agissent comme stimulateurs des processus physiologiques de la plante et des oligoéléments indispensables au bon déroulement de la croissance végétale. »
Au cours d’une intervention très remarquée le 9 octobre dernier dans le cadre du salon Bio de Guichen en Ille-et-Vilaine, Olivier Klarzynski s’est attaché à démontrer « l’intérêt des extraits d’algues en cultures bio ». « Si les algues sont utilisées depuis des siècles comme engrais, il aura toutefois fallu attendre les années 1970 pour voir se généraliser en France la fabrication industrielle d’extraits liquides d’algues. Si on peut constater l’intérêt de ces produits sur toutes les cultures, ils ont jusqu’à présent principalement été adoptés en cultures spécialisées comme la vigne ou l’arboriculture. Et c’est au cours des dix dernières années qu’il a été montré que certaines molécules présentes dans les extraits d’algues amélioraient la nutrition et la santé des cultures végétales, grâce à des modes d’actions inconnus jusqu’alors. Rappelons qu’environ 40 % des médicaments sont directement tirés des plantes et de nombreux autres sont des copies chimiques du vivant. Sans parler des remèdes de « bonne fame » (fame égal ici à réputation) qui ont traversé les siècles. C’est pourquoi les extraits d’algues, et de manière plus générale les extraits de végétaux, représentent des pistes de recherche très intéressantes pour le développement de procédés nouveaux destinés à l’agriculture. À l’UFAB, nous travaillons à la fois sur le court terme pour, par exemple, acquérir des connaissances sur la manière d’utiliser les produits déjà existants sur de nouvelles cultures. L’arrivée de Jérôme Bodin va nous permettre de passer à la vitesse supérieure, notamment sur ces aspects. Nous visons également des démarches de plus long terme, dont l’objectif est de mettre en évidence de nouvelles propriétés biologiques à valoriser. Là on parle de produits totalement innovants qui nécessitent plusieurs années de travail, parfois jusqu’à dix ans. Les produits les plus novateurs peuvent nécessiter en effet des recherches en laboratoire lorsqu’une meilleure connaissance du fonctionnement du végétal est nécessaire, par exemple. D’où un travail encore complexe compte tenu du niveau de connaissance actuel. Même si l’intérêt de développer des alternatives naturelles ne commence qu’à être reconnu, la demande de produits naturels qui ne cesse de croître et les restrictions sur les produits de synthèse dans tous les domaines, font que le contexte n’a jamais été aussi favorable à ce type de démarche ».